Il fut un temps, pas si lointain, où le pivot se résumait à une tour immobile sous les paniers. Shaquille O’Neal, Hakeem Olajuwon, Patrick Ewing : des géants qui écrasaient le jeu en poste bas, dos au cercle, et ne s’aventuraient jamais au-delà de la ligne des trois points. Cette époque est révolue. Aujourd’hui, les pivots modernes ont métamorphosé leur poste au point de le rendre méconnaissable. Entre dribbles extérieurs, tirs à longue distance et passes décisives, ils bousculent les certitudes et redessinent la NBA actuelle.
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Le poste bas est mort, vive le « point centre »
La révolution du pivot a commencé avec une idée simple : pourquoi se cantonner à la raquette quand on peut étirer le jeu ? Le pivot moderne n’attend plus la balle dos au cercle. Il la prend au high post (élément haut), voire au niveau de la ligne des trois points, et décide : tir, drive ou passe.
Le prototype absolu est Nikola Jokić (Denver Nuggets). Double MVP et champion NBA, ce Serbe joue comme un meneur dans un corps de pivot (2,11 m, 129 kg). Il dirige l’attaque, distribue des passes aveugles, et tire à 46 % à trois points. Ses prédécesseurs, comme Arvydas Sabonis ou Bill Walton, avaient esquissé le mouvement, mais Jokić l’a porté à son paroxysme. Dans son sillage, Domantas Sabonis (Sacramento Kings) et Alperen Şengün (Houston Rockets) incarnent cette nouvelle génération de playmakers intérieurs.
Le tir à trois points : l’arme fatale

Le deuxième pilier de cette révolution est le tir extérieur. Les pivots d’antan ne tiraient à trois points que dans des cas désespérés (et souvent avec un faible pourcentage). Aujourd’hui, c’est une arme centrale.
Prenez Karl-Anthony Towns (Minnesota Timberwolves) : en 2024-2025, il tourne à plus de 40 % de réussite derrière l’arc sur 5 tentatives par match. Cheokie Lively II (Dallas) s’est mis au tir en une saison. Chet Holmgren (Oklahoma City Thunder), avec son 2,16 m, tire à 55 % sur les tirs extérieurs en sortie de pick-and-roll. Victor Wembanyama, le phénomène français des San Antonio Spurs, pousse le curseur encore plus loin : il tire des step-back à trois points aussi naturellement qu’un arrière.
Conséquence tactique : un pivot qui tire à trois points désengorge la raquette. Le défenseur adverse, en général un autre pivot, doit sortir sur lui, laissant la voie libre pour les drives de ses coéquipiers (les meneurs et ailiers). Finis les « two bigs » (deux pivots) traditionnels qui encombraient la zone. Découvrez plus d’informations en suivant ce lien.
La défense : l’autre facette de la modernité
Les pivots modernes ne se contentent pas d’attaquer loin du cercle. Leur défense a dû s’adapter. Un pivot qui défend doit pouvoir switcher (changer de défenseur) sur un meneur après un écran, puis revenir sous le cercle. Cette mobilité est ce qui différencie les bons des très grands.
Exemple parfait : Bam Adebayo (Miami Heat). Il défend aussi bien le poste bas que le pick-and-roll extérieur, et peut même tenir tête à des arrières en isolation. Rudy Gobert (Minnesota), malgré ses trois titres de Défenseur de l’Année, est souvent ciblé en playoffs car il ne peut pas défendre au large. À l’inverse, Jaren Jackson Jr. (Memphis Grizzlies) et Evan Mobley (Cleveland Cavaliers) sont des pivots mobiles, capables de couvrir tout le demi-terrain. Wembanyama, avec son envergure de 2,44 m, défend sur le périmètre comme sous les paniers, cumulant 3,5 contres par match.
L’éclatement des statistiques traditionnelles
Conséquence logique : les statistiques historiques du pivot s’effondrent ou se déplacent. Les rebonds offensifs baissent (les pivots modernes sont souvent loin du cercle quand le tir part). Les contres stagnent (même si Wembanyama les fait exploser). En revanche, les passes décisives explosent : Jokić est le premier pivot à dépasser les 8 passes par match sur une saison. Le pourcentage à trois points des pivots a doublé en dix ans (de 15 % en 2014 à plus de 35 % aujourd’hui).
Les pivots modernes placent aussi le bras cassé (le pick-and-pop, l’écran suivi d’un dégagement pour tirer) au centre du jeu. Finis les écrans suivis d’un roulement vers le cercle ; place au dégagement vers l’extérieur.
Les exceptions qui confirment la règle
Tous les pivots ne sont pas devenus des arrières au physique de géant. Quelques-uns résistent encore, avec un jeu proche du cercle. Joel Embiid (Philadelphie Sixers), champion en titre 2024-2025, utilise encore massivement le poste bas, mais il a développé un tir extérieur redoutable (38 % à trois points) pour rester imprévisible. Giannis Antetokounmpo (Milwaukee Bucks), bien que souvent classé ailier fort, joue comme un pivot en attaque : son jeu repose sur la puissance, le drive et le rebond offensif, mais il ne tire quasi jamais à trois points (moins de 1 tentative par match). Il prouve qu’une approche différente peut encore régner, à condition d’être athlétiquement dominatrice.
Domantas Sabonis, version 2025, n’a pas le tir extérieur de Jokić (32 % à trois points), mais compense par une activité folle (rebonds offensifs, écrans, passes). Il est le pivot « hybride » entre ancien et nouveau monde.